jeudi 31 octobre 2013

Pas d'Haïku



Alors qu’elle dort, enfin, après trois réveils en quittant tes bras.

(Bravo, bien négociée, la réception sur le matelas. Là le silence est ton ami.)

Et toi tu crains le craquement.

 Ces temps-ci, c’est fou comme les jours filent, et elle s’élance.

Partout son regard, tout le temps son sourire,

Et ses dents sa gencive. 



dimanche 22 août 2010

AtlantiqueS - phase de travail

Sud Vendée.
Orage. Et à deux heures du matin, c’est le plein jour qui déchire la nuit toute une seconde.

Laisse aller, va.
Ne cherche pas, en quittant L’Aiguillon ce n’est pas la marée, c’est toute la côte qui file et coule derrière toi. Mais dès ce soir, dans un autre sud, sur un autre sable, une nouvelle eau te tendra les bras.

Portugal – l’Atlantique sans l’Île de Ré pour le calmer.

D’abord tu es en Castille, dans des plaines que l’eau a fuies, que la chaleur n’accable pas.
En amont tu revoies l’aride. Les défilés gravis, les Pyrénées, au ralenti parfois.
Et tu te dis tiens, encore un pays qu’on traverse sans la langue, encore une langue qu’on pratique à la main.

J’ai déjà été là. Là ce sont les années qui te rattrapent, toi qui vas petite vitesse.

mardi 11 mai 2010

Phase de travail, Nantes-Paris

A la vitesse de l'hibiscus
du ciel l'écume, à celle du cirrus,
au déferlement du souffle
des flots parfois furieux
qui défoncent la grève.
A l'ampleur que prend l'extension du jour
Et à la vérité de l'effort
dans l'ascension
des montagnes intérieures.


Je n'ai rien vu.

lundi 1 mars 2010

samedi 20 février 2010

London Draft

Tate Modern.
Dans la foule, au dessus, Dora Maar, de profil et de face à la fois.
Elle a trois regards. Elle est plusieurs.
Moi du coup, je pense à quelqu’un d’autre. En ocre aussi, mais moins inoffensive.
Toi, tu dis : « je m’en fous j’ai juste envie de vivre le beau quand il est tangible.
Le tangible quand il est beau. »
Elle, de son côté et sur la toile, semble nous dire l’ardeur d’eux seuls
qui veulent entrer dans l’insouciance de mille possibles.
Elle s’enfuit et reste là, reliant la force à la peur.
Regarde. En fait. Tu vois le monde tel qu’il n’est pas.

mercredi 15 juillet 2009

"Le jour du Quatorze Juillet"

On reste dans son lit douillet évidemment. Mais le soir, pour éviter les foules de la côte, on va se balader dans le jardin Dumaine, à Luçon. Parce qu'à tous les arbres sont accrochés des lampions de couleurs, et que c'est féerique.











mercredi 3 juin 2009

"Droit de regard sur les idées"

On dit toujours le très grand tumulte de son cœur.
On dit parfois je suis tout seul, et je n’ai que moi pour me saisir l’épaule et m’apaiser…

Mon propre corps,
Mes propres bras.

« Dire les choses sans parler. Ou, quand le besoin s’en fait sentir, les coucher sur le papier. Avec le même toucher que tu avais sur moi »

Là. Ça te prend. L’envie d’écrire ; et tu es captif sans te soumettre.

Et puis non. Parce que quand ça ne vient pas, ça ne vient pas.

dimanche 3 mai 2009

lundi 27 avril 2009

à tous crins

A tous crins.
Ca passera.
Tu aurais pu trouver mieux, quand même. Mais tu es démuni. C’est vrai. On n’apaise pas toujours les tourments. Et c’est une torture quand tu ne peux rien faire. Tes mots sont usés, mais pas de larmes je t’en prie.

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Après notre discussion, l’impression qui dominait, c’est Prométhée enchaîné à trois pas de Paris. Des journées entières, des siècles immobiles, et toute l’éternité que peut être une soirée de spleen. C’est que tu dépéris du manque d’exaltation. Tu étouffes sans l’intense, tu veux le chant, tu veux la transe. Tu te vois vivre submergé dans une émotion incessante, cet élément que tu t’es choisi.

C’est pas ça. Je m’en fous, je tiens juste à vivre le beau quand il est tangible, quitte à le réaliser.

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Volontaire. Elle disait l’ardeur de ceux qui forcent l’insouciance. Tout est volonté. Elle joue la naïveté et ne se dévoile que par touches. Insoumise et lointaine, toujours. J’ai vu ses yeux perçants refuser la nuit tout autour, ses iris sombres qui n’aiment pas le noir.

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La poésie et toi ; c’est une armure qui te frapperait parfois. Et ta vie est bien un voyage incroyable, une lutte parfois, sans le choix des armes ni celui de l’arène.

C’est pas comme d’autres, leur cuir c’est du vent. Leurs principes, leurs mémoires, tous leurs souvenirs. Tout ça n’est pas toi. Tu es dans ce qui palpite à chaque instant sous ta peau.

lundi 9 février 2009

Pointe de l'Aiguillon










Juste parce que ça fait du bien. Un petit coucher de soleil de janvier sur la Pointe de l'Aiguillon.

jeudi 5 février 2009

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier


Un très ancien coup de coeur pour un texte que certains, s'ils écoutent les Têtes Raides, connaissent déjà sûrement. Un texte de 1952 de Stig Dagerman (1923-1954). La traduction française est signée Philippe Bouquet.


Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. Je n’ai reçu en héritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d’où je puisse attirer l’attention d’un dieu : on ne m’a pas non plus légué la fureur bien déguisée du sceptique, les ruses de Sioux du rationaliste ou la candeur ardente de l’athée. Je n’ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne m’inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme si celui-ci n’était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. Cette pierre m’atteindrait moi-même car je suis bien certain d’une chose : le besoin de consolation que connaît l’être humain est impossible à rassasier.


En ce qui me concerne, je traque la consolation comme le chasseur traque le gibier. Partout où je crois l’apercevoir dans la forêt, je tire. Souvent je n’atteins que le vide mais, une fois de temps en temps, une proie tombe à mes pieds. Et, comme je sais que la consolation ne dure que le temps d’un souffle de vent dans la cime d’un arbre, je me dépêche de m’emparer de ma victime.

Qu’ai-je alors entre mes bras ?


Puisque je suis solitaire : une femme aimée ou un compagnon de voyage malheureux. Puisque je suis poète : un arc de mots que je ressens de la joie et de l’effroi à bander. Puisque je suis prisonnier : un aperçu soudain de la liberté. Puisque je suis menacé par la mort : un animal vivant et bien chaud, un cœur qui bat de façon sarcastique. Puisque je suis menacé par la mer : un récif de granit bien dur.


Mais il y a aussi des consolations qui viennent à moi sans y être conviées et qui remplissent ma chambre de chuchotements odieux : Je suis ton plaisir – aime-les tous ! Je suis ton talent – fais-en aussi mauvais usage que de toi-même ! Je suis ton désir de jouissance – seuls vivent les gourmets ! Je suis ta solitude – méprise les hommes ! Je suis ton aspiration à la mort – alors tranche !


Le fil du rasoir est bien étroit. Je vois ma vie menacée par deux périls : par les bouches avides de la gourmandise, de l’autre par l’amertume de l’avarice qui se nourrit d’elle-même. Mais je tiens à refuser de choisir entre l’orgie et l’ascèse, même si je dois pour cela subir le supplice du gril de mes désirs. Pour moi, il ne suffit pas de savoir que, puisque nous ne sommes pas libres de nos actes, tout est excusable. Ce que je cherche, ce n’est pas une excuse à ma vie mais exactement le contraire d’une excuse : le pardon. L’idée me vient finalement que toute consolation ne prenant pas en compte ma liberté est trompeuse, qu’elle n’est que l’image réfléchie de mon désespoir. En effet, lorsque mon désespoir me dit : Perds confiance, car chaque jour n’est qu’une trêve entre deux nuits, la fausse consolation me crie : Espère, car chaque nuit n’est qu’une trêve entre deux jours.


Mais l’humanité n’a que faire d’une consolation en forme de mot d’esprit : elle a besoin d’une consolation qui illumine. Et celui qui souhaite devenir mauvais, c’est-à-dire devenir un homme qui agisse comme si toutes les actions étaient défendables, doit au moins avoir la bonté de le remarquer lorsqu’il y parvient.


Personne ne peut énumérer tous les cas où la consolation est une nécessité. Personne ne sait quand tombera le crépuscule et la vie n’est pas un problème qui puisse être résolu en divisant la lumière par l’obscurité et les jours par les nuits, c’est un voyage imprévisible entre des lieux qui n’existent pas. Je peux, par exemple, marcher sur le rivage et ressentir tout à coup le défi effroyable que l’éternité lance à mon existence dans le mouvement perpétuel de la mer et dans la fuite perpétuelle du vent. Que devient alors le temps, si ce n’est une consolation pour le fait que rien de ce qui est humain ne dure – et quelle misérable consolation, qui n’enrichit que les Suisses !


Je peux rester assis devant un feu dans la pièce la moins exposée de toutes au danger et sentir soudain la mort me cerner. Elle se trouve dans le feu, dans tous les objets pointus qui m’entourent, dans le poids du toit et dans la masse des murs, elle se trouve dans l’eau, dans la neige, dans la chaleur et dans mon sang. Que devient alors le sentiment humain de sécurité si ce n’est une consolation pour le fait que la mort est ce qu’il y a de plus proche de la vie – et quelle misérable consolation, qui ne fait que nous rappeler ce qu’elle veut nous faire oublier !


Je peux remplir toutes mes pages blanches avec les plus belles combinaisons de mots que puisse imaginer mon cerveau. Etant donné que je cherche à m’assurer que ma vie n’est pas absurde et que je ne suis pas seul sur la terre, je rassemble tous ces mots en un livre et je l’offre au monde. En retour, celui-ci me donne la richesse, la gloire et le silence. Mais que puis-je bien faire de cet argent et quel plaisir puis-je prendre à contribuer au progrès de la littérature – je ne désire que ce que je n’aurai pas : confirmation de ce que mes mots ont touché le cœur du monde. Que devient alors mon talent si ce n’est une consolation pour le fait que je suis seul – mais quelle épouvantable consolation, qui me fait simplement ressentir ma solitude cinq fois plus fort !


Je peux voir la liberté incarnée dans un animal qui traverse rapidement une clairière et entendre une voix qui chuchote : Vis simplement, prends ce que tu désires et n’aie pas peur des lois ! Mais qu’est-ce que ce bon conseil si ce n’est une consolation pour le fait que la liberté n’existe pas – et quelle impitoyable consolation pour celui qui s’avise que l’être humain doit mettre des millions d’années à devenir un lézard !


Pour finir, je peux m’apercevoir que cette terre est une fosse commune dans laquelle le roi Salomon, Ophélie et Himmler reposent côte à côte. Je peux en conclure que le bourreau et la malheureuse jouissent de la même mort que le sage, et que la mort peut nous faire l’effet d’une consolation pour une vie manquée. Mais quelle atroce consolation pour celui qui voudrait voir dans la vie une consolation pour la mort !


Je ne possède pas de philosophie dans laquelle je puisse me mouvoir comme le poisson dans l’eau ou l’oiseau dans le ciel. Tout ce que je possède est un duel, et ce duel se livre à chaque minute de ma vie entre les fausses consolations, qui ne font qu’accroître mon impuissance et rendre plus profond mon désespoir, et les vraies, qui me mènent vers une libération temporaire. Je devrais peut-être dire : la vraie car, à la vérité, il n’existe pour moi qu’une seule consolation qui soit réelle, celle qui me dit que je suis un homme libre, un individu inviolable, un être souverain à l’intérieur de ses limites.


Mais la liberté commence par l’esclavage et la souveraineté par la dépendance. Le signe le plus certain de ma servitude est ma peur de vivre. Le signe définitif de ma liberté est le fait que ma peur laisse la place à la joie tranquille de l’indépendance. On dirait que j’ai besoin de la dépendance pour pouvoir finalement connaître la consolation d’être un homme libre, et c’est certainement vrai. A la lumière de mes actes, je m’aperçois que toute ma vie semble n’avoir eu pour but que de faire mon propre malheur. Ce qui devrait m’apporter la liberté m’apporte l’esclavage et les pierres en guise de pain.


Les autres hommes ont d’autres maîtres. En ce qui me concerne, mon talent me rend esclave au point de pas oser l’employer, de peur de l’avoir perdu. De plus, je suis tellement esclave de mon nom que j’ose à peine écrire une ligne, de peur de lui nuire. Et, lorsque la dépression arrive finalement, je suis aussi son esclave. Mon plus grand désir est de la retenir, mon plus grand plaisir est de sentir que tout ce que je valais résidait dans ce que je crois avoir perdu : la capacité de créer de la beauté à partir de mon désespoir, de mon dégoût et de mes faiblesses. Avec une joie amère, je désire voir mes maisons tomber en ruine et me voir moi-même enseveli sous la neige de l’oubli. Mais la dépression est une poupée russe et, dans la dernière poupée, se trouvent un couteau, une lame de rasoir, un poison, une eau profonde et un saut dans un grand trou. Je finis par devenir l’esclave de tous ces instruments de mort. Ils me suivent comme des chiens, à moins que le chien, ce ne soit moi. Et il me semble comprendre que le suicide est la seule preuve de la liberté humaine.


Mais, venant d’une direction que je ne soupçonne pas encore, voici que s’approche le miracle de la libération. Cela peut se produire sur le rivage, et la même éternité qui, tout à l’heure, suscitait mon effroi est maintenant le témoin de mon accession à la liberté. En quoi consiste donc ce miracle ? Tout simplement dans la découverte soudaine que personne, aucune puissance, aucun être humain, n’a le droit d’énoncer envers moi des exigences telles que mon désir de vivre vienne à s’étioler. Car si ce désir n’existe pas, qu’est-ce qui peut alors exister ?


Puisque je suis au bord de la mer, je peux apprendre de la mer. Personne n’a le droit d’exiger de la mer qu’elle porte tous les bateaux, ou du vent qu’il gonfle perpétuellement toutes les voiles. De même, personne n’a le droit d’exiger de moi que ma vie consiste à être prisonnier de certaines fonctions. Pour moi, ce n’est pas le devoir avant tout mais : la vie avant tout. Tout comme les autres hommes, je dois avoir droit à des moments où je puisse faire un pas de côté et sentir que je ne suis pas seulement une partie de cette masse que l’on appelle la population du globe, mais aussi une unité autonome.


Ce n’est qu’en un tel instant que je peux être libre vis-à-vis de tous les faits de la vie qui, auparavant, ont causé mon désespoir. Je peux reconnaître que la mer et le vent ne manqueront pas de me survivre et que l’éternité se soucie peu de moi. Mais qui me demande de me soucier de l’éternité ? Ma vie n’est courte que si je la place sur le billot du temps. Les possibilités de ma vie ne sont limitées que si je compte le nombre de mots ou le nombre de livres auxquels j’aurai le temps de donner le jour avant de mourir. Mais qui me demande de compter ? Le temps n’est pas l’étalon qui convient à la vie. Au fond, le temps est un instrument de mesure sans valeur car il n’atteint que les ouvrages avancés de ma vie.


Mais tout ce qui m’arrive d’important et tout ce qui donne à ma vie son merveilleux contenu : la rencontre avec un être aimé, une caresse sur la peau, une aide au moment critique, le spectacle du clair de lune, une promenade en mer à la voile, la joie que l’on donne à un enfant, le frisson devant la beauté, tout cela se déroule totalement en dehors du temps. Car peu importe que je rencontre la beauté l’espace d’une seconde ou l’espace de cent ans. Non seulement la félicité se situe en marge du temps mais elle nie toute relation entre celui-ci et la vie.


Je soulève donc de mes épaules le fardeau du temps et, par la même occasion, celui des performances que l’on exige de moi. Ma vie n’est pas quelque chose que l’on doive mesurer. Ni le saut du cabri ni le lever du soleil ne sont des performances. Une vie humaine n’est pas non plus une performance, mais quelque chose qui grandit et cherche à atteindre la perfection. Et ce qui est parfait n’accomplit pas de performance : ce qui est parfait œuvre en état de repos. Il est absurde de prétendre que la mer soit faite pour porter des armadas et des dauphins. Certes, elle le fait – mais en conservant sa liberté. Il est également absurde de prétendre que l’homme soit fait pour autre chose que pour vivre. Certes, il approvisionne des machines et il écrit des livres, mais il pourrait tout aussi bien faire autre chose. L’important est qu’il fasse ce qu’il fait en toute liberté et en pleine conscience de ce que, comme tout autre détail de la création, il est une fin en soi. Il repose en lui-même comme une pierre sur le sable.


Je peux même m’affranchir du pouvoir de la mort. Il est vrai que je ne peux me libérer de l’idée que la mort marche sur mes talons et encore moins nier sa réalité. Mais je peux réduire à néant la menace qu’elle constitue en me dispensant d’accrocher ma vie à des points d’appui aussi précaires que le temps et la gloire.


Par contre, il n’est pas en mon pouvoir de rester perpétuellement tourné vers la mer et de comparer sa liberté avec la mienne. Le moment arrivera où je devrai me retourner vers la terre et faire face aux organisateurs de l’oppression dont je suis victime. Ce que je serai alors contraint de reconnaître, c’est que l’homme a donné à sa vie des formes qui, au moins en apparence, sont plus fortes que lui. Même avec ma liberté toute récente je ne puis les briser, je ne puis que soupirer sous leur poids. Par contre, parmi les exigences qui pèsent sur l’homme, je peux voir lesquelles sont absurdes et lesquelles sont inéluctables. Selon moi, une sorte de liberté est perdue pour toujours ou pour longtemps. C’est la liberté qui vient de la capacité de posséder son propre élément. Le poisson possède le sien, de même que l’oiseau et que l’animal terrestre. Thoreau avait encore la forêt de Walden – mais où est maintenant la forêt où l’être humain puisse prouver qu’il est possible de vivre en liberté en dehors des formes figées de la société ?


Je suis obligé de répondre : nulle part. Si je veux vivre libre, il faut pour l’instant que je le fasse à l’intérieur de ces formes. Le monde est donc plus fort que moi. A son pouvoir je n’ai rien à opposer que moi-même – mais, d’un autre côté, c’est considérable. Car, tant que je ne me laisse pas écraser par le nombre, je suis moi aussi une puissance. Et mon pouvoir est redoutable tant que je puis opposer la force de mes mots à celle du monde, car celui qui construit des prisons s’exprime moins bien que celui qui bâtit la liberté. Mais ma puissance ne connaîtra plus de bornes le jour où je n’aurai plus que le silence pour défendre mon inviolabilité, car aucune hache ne peut avoir de prise sur le silence vivant.


Telle est ma seule consolation. Je sais que les rechutes dans le désespoir seront nombreuses et profondes, mais le souvenir du miracle de la libération me porte comme une aile vers un but qui me donne le vertige : une consolation qui soit plus qu’une consolation et plus grande qu’une philosophie, c’est-à-dire une raison de vivre.

Titre original: Vârt behov av tröst © Norstedt & Söners, Stockholm

© ACTES SUD, 1981 pour la traduction française


et merci à http://pagesperso-orange.fr/chabrieres/

jeudi 22 janvier 2009

Petite Couronne


déclinaison urbaine
avenue de la Résistance
à Montreuil

lundi 19 janvier 2009

Chroniques parisiennes


Métro, heure d’affluence

Tous ces heurts – leur influence

Ligne 9 : incident terrible : le gamin, en pleurs sur le quai.
Tombé par terre dans l’escalier. Sale écorchure.
Il fait froid ; les larmes de la chute et le premier sang coulé.

Ouverture des portes, on se presse.

S’abstraire alors. Tenter au moins. Toi aussi, tu peux le faire, deviens indifférent.
Tu n’es pas dans ce sanglot, non plus dans le regard vide de cette fille en manque qui te fait face. Tu ne vas pas tomber en désespoir devant la misère alentour.

Tu fermes les yeux et tu t’échappes. Tu es ailleurs, mais ça te revient :

Les haleines en partage, le contact, l’odeur forte et la moiteur

Tu reprends tes esprits alors. Métro Charonne, debout. Ta main entre toutes qui se tiennent à la barre humide. A ta gauche, le type venu de loin, inquiet – rivé à son portefeuille. Tout près à ta droite, cette femme qui s’est assise. Elle s’est assise et ça suffit pour qu’on la maudisse en silence, qu’on la voue tous aux gémonies de Paris.

République. Ca bouscule, la foule est dense, et tu marches sur des pieds. Pardon.

A cet instant, tu guettes. Tu attends. Le soulagement d’un regard complice, parce que ça arrive même ici. Le plus souvent, ça monte des poussettes. Et un sourire à ce moment-là, je t’assure, c’est une rencontre insensée.

mardi 13 janvier 2009

Archives

Particule sombre
[ poussière ] et [ ombre ]

entre toi et moi, un peu à fleur de peau
[2 peaux]

s’abattre l’un l’autre
-non-
l’un sur l’autre.

Être essoufflé

[être] et [souffler]

dimanche 7 décembre 2008

L'éternité dans les tomates

Retour à l’insensé, parce que c’est toujours comme ça que ça vient. Les mots viennent. Je ne les attends pas, je les cherche encore moins. Là, ça donne :

Silex égoïne
survie éperon
épervier batailleur

L’an passé, l’insensé c’était ce qui subsiste à l’eau, à son retrait sur la plage, après la marée. Sa laisse sur l’estran. Coquilles vides et galets, Jean Arp et bois flottés.
Et puis le fer pris dans l’arbre, dans le jardin. Figuier métal, et rosier armé. Comme une confusion des essences.

Dimanche, au marché, si j’ai compris sa langue, assaillie et coudée, l’homme me parlait de « Zaman et Ouartz. Les deux essences du temps arabe. L’éternel et l’humain. »
Il me disait ça à moi, qui ne connais pas de cantique, qui ne connais plus de Très Haut, en quelque langue que ce soit.
Peu importe. Ce qui m’a plu c’est l’échange, la tension dans son regard qui parlait, et la présence de cette vieille qui écoutait.
L'éternité dans les tomates.

vendredi 5 décembre 2008

46° Nord; 1° Ouest

En décembre, là-bas, il ne gèle pas à pierre fendre, non. La neige est très rare, et les tempêtes viennent de la mer. Là c’était une bruine à peine et la buée aux vitres de la rue des Moulins. On est arrivé là. On est arrivé là déraciné à la recherche d’un nouvel endroit qu’on pourrait dire à nous. Parce que le choix de quitter sa contrée n’ôte pas l’attachement à la terre.


46° Nord de latitude
1° Ouest de longitude

A la lisière de l’ancien jardin qu’on allait adopter.

Au printemps qui suivait, un à un, on a fait chuter les pylônes. Ça n’avait aucun sens, ces dizaines de mâts dans la prairie. 45 stèles qui ne commémoraient rien qu’une vigne perdue. On était certain d’y parvenir, tous les deux, à la main. Les extraire de leur gangue d’argile, béton qui s’effrite et anneaux qui écorchent... On a tenté de dompter la vierge. Taillé les arbres, ces vieux fruitiers abandonnés. C’était trop tard, pour certains. D’autres seront plantés. Des essences d’ici, et d’autres, qui vous manquent.
--Le vieux cerisier a repris. Pas de cerises pour autant cette année, il ne faut pas trop lui en demander--
Cette parcelle de terre nouvelle. Elle est nue, pour moitié. Jonchée de cailloux. Essaye de t’en débarrasser, pour voir. C’est la mer à la petite cuillère ; Sisyphe et les cailloux…

L’année d’après, même à vol d’oiseau, tout a tellement changé.
Et à hauteur d’homme, je te jure, il faut voir comme c’est beau.






jeudi 4 décembre 2008

Le saule ou le peuplier

Vouloir être possédés sans brûler. La tentation est là, dans le frisson, même si le mot est galvaudé.

Je te préviens tout de suite. Ce qui est écrit là, ce n’est pas moi. C’est l’autre, qui pense trois fois plus fort, et ce n’est pas ma faute. Ce soir-là, toi, tu attendais. L’éclat fragile d’une voix qui n’écorche pas, qui accroche doucement. De mon côté j’attendais, comme toujours, le jour où je saurai être cet étranger que tu espères.
Aujourd’hui, j’avance dans la ville, cette forêt que je ne connais pas, avec l’intention de m’y perdre. Et j’écris, sans le papier et sur mes lèvres.


Vivre, à deux, vivre longtemps, une véritable histoire.
La plupart du temps, c’est rare. Alors on s’en raconte, à deux, des histoires. Des histoires interminables d’une nuit, d’un mois, de plusieurs années. Et ces histoires qu’on se raconte éclipsent le jour, et possédés nous le sommes tous, sans nous appartenir.

Jusqu’au jour où. A force de.

Seul. L’encre, heureusement, apprivoise ce qui transperce. Ecrire alors c’est tenter les étriers sur la licorne. Apprivoiser une légende. Mettre des mots sur l’indicible.
Parce que dans le manque, toujours, tu te trouves seul, et il n’y a rien à dire. On ne se parle pas sur le quai, quand le train achève son défilé. C’est déchirant et tu ne peux rien y faire, qu’attendre. Parce que c’est fort et c’est désespéré. Parce qu’il n’y a pas d’échappatoire, qu’on ne s’arrache les souvenirs que dans la douleur et la durée. La douleur et la durée.
Ainsi le chêne fend aussi, quand il est trop malmené. Admettons.

Il faudra juste changer d’essence. Le saule ou le peuplier.

dimanche 23 novembre 2008

Il neige sur Paris...

On ne savait pas très bien, en ce dimanche de novembre, si c'était de la neige ou de la pluie qui nous tombait dessus à Paris. Le ciel tout gris. Alors, pour les yeux, un aperçu des hivers, ailleurs.


Pendant ce temps là, à Avepozo (Togo)...


Et sur la route entre Haast et Wanaka (Nouvelle-Zélande).

Et là on se demande quel est le c.. qui a mis Paris dans l'hémisphère Nord...

vendredi 21 novembre 2008

Ca fait longtemps

Etendus dans l’ampleur,
la vie se sauve d’entre nos mains
la plus que griffe, l’éperon
dans la poitrine,
le cœur
est là

a boire notre sang d’encre,
brûlée depuis longtemps
battre
la musique de vos lèvres
dans ma tête

tu n’attends plus rien,
et le sourire vient.

dimanche 16 novembre 2008

L’enfance dans le jardin

Bernardswiller.
l'enfance dans le jardin, et les arbres qui poussent plus vite que nous.
Entre les flaques et l’odeur de l'eau, de l'herbe, comme une rosée immense dans la prairie.
Il nous arrivait de graver des choses au doigt dans la cendre.
Les noms filaient dans ce sol gris et meuble. Le feu éteint, deux jours après la pluie. Le souvenir de la flamme sans peur de la brûlure. C’était doux, tiède, et sale. Un délice.

samedi 15 novembre 2008

Croix de Chavaux



Vint le moment où
-lune blonde presque pleine,
à Montreuil Croix de Chavaux-
les langues se sont déliées

Alors, comme sur une plage,
sans les dunes, sans le sable;
on a parlé
de l’existence, toujours,

dans le sacré du sel
que la marée reprend
et la volonté, celle
que l’on a par instant.

vendredi 14 novembre 2008

Saint-Michel-en-l'Herm

Né de la mer
Sud Vendée. Je suis nouveau ici. J’ai tout à apprendre et rien ne m’est familier. Les gens, leur caractère, différents de ceux de l’Est. Les villes et les routes, tous ces noms de lieux dits, cette topologie en français. L’éclat du soleil, le marais, l’océan tout proche, la brise qui l’accompagne. Le marais. Ses altitudes pour enfants et ses distances à l’œil nu. Ce pays qui m’est étranger je vais le faire mien et puis l’aimer. Les herbes hautes et les hérons. Ces chevaux qui errent toute l’année. La Sèvre et le Lay, ces rivières qui serpentent dans leurs terres mouillées, à peine émergées. Partout le ciel, immense, et l’horizon qui s’élance.

[Des nuées grises et blanches perce souvent une lumière toute brute. Elle vient à la surface de l’eau qui affleure dans la prairie. Adoucie, elle est caresse aux pousses de blé pour un reflet plus vert, un éclat plus tendre.]

A cette terre appartient aussi cette sensation de tempête en puissance, cette crainte, cette espérance.
Cet orage qui rendrait à la mer ce bout de continent qui lui reviendra, un jour ou l’autre.
Terre conquise. Saint-Michel-en-l’Herm, une ancienne île. A sept kilomètres, les embruns tous les jours si tu veux.

L’océan.
pieds nus en hiver, plongeon en été.

jeudi 13 novembre 2008

La fausse bonne nouvelle du jour


This morning in NYC international pranksters The Yes Men recruited volunteers through the website Because We Want It to distribute thousands of copies of a fake version of the New York Times dated July 4, 2009 with the headline “Iraq War Ends”.

Un atelier à Ivry


Etabli I et II



et une petite image d'images









Ma photo
Paris, France
"Kunst ist schön, macht aber viel Arbeit", comme disait l'autre.

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